lundi 26 septembre 2011

Lucette

... aime les sucettes. Non ! Je ne la ferais pas celle-là, trop facile, un peu de dignité bon sang !
Elle en a tellement besoin de cette foutue dignité Lucette dans son asile bon marché pour vieux cabossés. Dix ans qu'elle est là, dix ans qu'elle attend. Qu'elle attend quoi ? Elle ne saurait plus vraiment le dire, tout s'efface un peu dans sa tête, de temps en temps elle se souvient mais sans savoir vraiment de quoi, c'est pas mal le fatras, le fourbi là dedans, comme un vieux grenier trop plein, pas assez éclairé, on sait bien que des trésors s'y trouvent mais sans savoir où les chercher. Lucette aussi a des trésors en elle, des trésors de patience surtout, forcément au bout de dix ans d'attente. De temps en temps, des décharges de lucidité lui foncent dessus comme un éclair qui la foudroit, mais oui c'est la mort qu'elle attend ! Et puis elle oublie... Mais le lundi la petite Coralie lui amène une sucette et Lucette aime les sucettes alors elle attend les lundis. Et ça, ça ne s'oublie pas...

vendredi 23 septembre 2011

Amélie

... aime l'eau, elle est bateau celle-là.
Et Amélie aime son copain et son copain aime taper sur Amélie surtout qu'il aime plus le vin que l'eau.
Amélie esquive, pas toujours, pas souvent en fait.
Amélie sait bien que c'est sa faute, cette volée de coups qui vole et s'abat.
Elle n'est jamais assez gentille, assez jolie, assez douce... peut-être que les coups font la peau douce allez savoir... allez savoir pourquoi... pourquoi Amélie prend des coups...
Amélie la douce, Amélie la fière, Amélie qui se tait...
Amélie qui se tait d'un coup...
... d'un dernier coup.

lundi 19 septembre 2011

Louisette

... a 15 ans.
Oh pas sur son permis de conduire, non là ça serait plutôt 47.
Mais sur sa gueule, c'est 15.
C'est même exactement le nombre de boutons d'acné qui lui ravagent la face.
Elle avait le choix la Louisette dans le grand chaudron des emmerdes féminines : soit des hémorragies ultra-abondante pendant dix jours par mois et qui la laissent sur le carreau, soit un stérilet qui lui ravage la face de sa mère la pute ! Elle n'a pas vraiment choisi, tantôt elle teste les plaisirs de l'un, tantôt les plaisirs de l'autre, elle hésite encore. L'acné ça fait jeune non ? A l'âge de la pré-ménopause ça peut être un atout intéressant... elle se tâte... il faut dire qu'avec sa gueule de 15-47, elle est la seule à se tâter, ça n'attire pas beaucoup la gente masculine... et quitte à être la seule à se tâter, pourquoi s'emmerder avec un stérilet qui te colle une gueule de 15... elle hésite toujours, se tâte de nouveau... elle alterne, pire qu'une cohabitation gouvernementale, elle retourne sa veste un jour sur deux... y'a que sa gueule qu'elle n'arrive pas à retourner !

Martine

... a des seins de vingt ans.
Des putains de seins de vingt ans.
Qui pointent haut et ferme.
Elle déambule sur la plage en les pointant encore plus haut et encore plus ferme.
Ils tiennent bien tout seul mais elle bombe le torse quand même pour qu'on les voit encore mieux.
C'est pas tous les jours qu'on a vingt ans.
Ces putains seins de vingt ans.
Derrière ces seins qui le précèdent, il y a son corps de soixante qui se demande bien un peu ce que font ces putains de seins de vingt ans sur son torse mais bon, il a l'habitude d'être malmené, oublié.
il voudrait bien s'exprimer un peu ce corps de soixante ans, dire qu'il vieilli, qu'il a parfois mal à ses articulations, que pourtant la vieillesse et la maturité sont un cheminement naturel et souvent agréable mais il n'arrive pas à en placer une derrière ces putains de seins de vingt ans qui pointent haut et ferme, alors il ne dit rien, il se fait oublier.
Il sait bien pourtant qu'un jour il lâchera l'affaire, il se débinera pour la dernière fois et il rigole en douce, ce putain de corps de soixante, soixante-dix, quatre-vingt ans en se demandant si ces putains de seins de vingt ans qui pointent haut et ferme rentreront dans le cercueil.

Joséphine

... aime les pines,
Un peu
beaucoup
passionnément
à la folie
pas du tout
mais les pines aiment beaucoup Joséphine.

Et Pierrette

... aime les assiettes.
Elle en met sur les murs, sur des petits supports en métal sur sa cheminée, plein sur son vaisselier.
Elle en a accroché une sur le mur de ses chiottes : " pissez bien droit ".

Lydia

... regarde son chat agoniser.
Elle le porte au soleil dès qu'il y en a, se réveille quatre fois par nuit pour lui donner à boire, écrase ses comprimés matin et soir et les lui donne à la petite cuillère.
Son chat agonise.
Elle rêve que sa mère aille suffisamment mal pour avoir besoin d'elle à la mort du chat mais sa mère va très bien, elle revient de croisière juste à temps pour démarrer les cours du Louvre, ensuite elle partira dans une communauté de méditation deux ou trois mois.
Saleté de mère qui va bien !
Elle donne onze gouttes au chat pour ses reins, lui palpe les pattes.
Son chat agonise.
Depuis des années.

Helena

... tricote.
Soixante-dix-septième prise de viol de la journée. C'est un bon fantasme, ça plait toujours. Curieusement sous ses vêtement beiges que son bourreau lui arrache, elle a des dessous sexys comme si toutes les femmes qui partent au bureau le matin, avaient des dessous super sexys, culottes fendues et porte jarretelles sous leurs jupes grises. Elle se demande souvent ce que ces femmes portent sous leur jupe trop longues d'employées sages, elle fantasme là dessus pendant qu'elle se contorsionne, hurle et se débat juste ce qu'il faut. De temps en temps, elle jouit sous le bourrinage, autant en profiter hein ? Le reste du temps, elle compte mentalement les rangs de tricot qu'il lui reste à monter et dès que les prises s'arrêtent, elle se remet à tricoter, assise à poil sur un fauteuil, juste le temps de se laver et elle continue de tricoter même quand l'assistante la remaquille. Quand il y a une assistante. La plupart du temps il faut se maquiller soi-même, elle le fait machinalement en comptant ses rangs, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, une bite à l'endroit, une bite à l'envers. Elle n'est qu'un corps qui se contorsionne, crie, gémit, fait semblant de jouir, jouit parfois quand elle en a envie ou quand son partenaire est très mignon et qu'elle joue à croire à autre chose. Des fois ça lui fait du bien, généralement elle n'est pas là, juste un corps. Dix ans qu'elle fait ça, elle le fait bien mais elle sait que son corps vieillit, qu'elle ne durera pas encore très longtemps. Elle n'a que 26 ans mais son temps est compté, son cul se ramollit et ça, ça ne pardonne pas devant les caméras. Alors elle tricote encore plus vite. Lorsque plus personne ne l'appellera, elle sortira les centaines, peut-être les milliers de pulls tricotés pendant ces dix ans et elle ouvrira enfin la petite boutique de tricot dont elle rêve depuis son enfance, elle est prête. Tous ces pulls qu'elle tricotait dans sa tête quand son oncle la bourrinait enfant, sont prêts.